Yann Furic
B.B.A., M. Sc., CFAMD
Gestionnaire principal, répartition d’actifs et stratégies alternatives
Le mois d’août 2026 a été marqué par la persistance des tensions géopolitiques, l’augmentation des déficits budgétaires et une demande accrue de la part des investisseurs pour des taux de rendement plus élevés.
Résumé macroéconomique
L’indicateur de croissance mondiale Bloomberg projette toujours une croissance de 3 % cette année et de 3,1 % en 2027, ce qui est positif. Les indicateurs PMI globaux se sont maintenus en zone de croissance, et se sont même légèrement améliorés sur le plan mondial.
Les profits des entreprises ont été au rendez-vous au 2e trimestre et les prévisions pour les six prochains mois confirment leur progression persistante. Dans ce contexte, les marchés d’actions continuent de bénéficier d’un essor partiellement lié aux dépenses en infrastructures pour le développement de l’intelligence artificielle (IA). La croissance économique, bien que faible, s’étend à plusieurs secteurs d’activités, ce qui est positif pour les marchés.
Questions de l’heure : l’inflation et l’énergie
L’inflation persistante au États-Unis et l’impact sur le prix de l’énergie causé par le conflit avec l’Iran maintiennent la croissance des prix à un niveau trop élevé. Plusieurs banques centrales ont, soit recommencé à hausser les taux, ou encore y songent sérieusement. La dernière décision de la Banque du Canada (BdC) a été de maintenir son taux directeur inchangé, mais le discours du gouverneur Tiff Macklem a été perçu comme un avertissement d’une hausse prochaine si les coûts de l’énergie restent à des niveaux élevés.
À ce sujet, les efforts pour minimiser l’impact du conflit avec l’Iran et de la fermeture du détroit d’Hormuz sur le prix du pétrole ont eu des résultats positifs : on pense ici à l’utilisation par l’Arabie saoudite de l’oléoduc est-ouest pour atteindre les ports de la mer Rouge, l’augmentation de la production américaine, ou encore la réduction des achats de la Chine et le passage, même restreint, de certains pétroliers dans le détroit.
Malgré tout, le prix du diesel est toujours en forte hausse. Ce carburant est utilisé surtout dans les secteurs agricoles et des transports : les répercussions de cette flambée des coûts sont donc importantes sur le plan de l’inflation. Dans le contexte du conflit entre l’Ukraine et la Russie, plusieurs raffineries russes ont été attaquées par les forces ukrainiennes, ce qui a eu pour effet de limiter les exportations de diesel russe. Il est aussi à noter que la taille des navires transportant ces produits pétroliers est réduite par rapport à celle des navires ne transportant que du pétrole. Sur le plan du commerce mondial, cela signifie un nombre plus considérable d’allers-retours pour ces navires à travers le détroit d’Hormuz, toujours à grand risque, pour acheminer le diesel des raffineries du Moyen-Orient vers les marchés mondiaux.
Contrôle de l’inflation : quel est le rôle des banques centrales?
Il est difficile pour une banque centrale qui cherche à agir sur le taux d’intérêt à court terme, de contenir les pressions inflationnistes lorsqu’elles proviennent d’un choc de l’offre tel que la réduction mondiale de la disponibilité de pétrole que nous connaissons actuellement. L’objectif d’une telle institution devient alors de réduire au maximum le transfert de cette hausse des coûts aux prix des autres biens et services.
Tout comme la Banque du Canada, la Réserve fédérale américaine (Fed) est, elle aussi, confrontée à une inflation persistante et plus élevée, tandis que le marché de l’emploi du pays continue de se maintenir. Pour le nouveau gouverneur de la Fed, Kevin Warsh, le retour à un taux d’inflation de 2 % est une priorité : cette détermination pourrait le pousser à tenter d’éviter une hausse des taux à l’approche des élections de mi-mandat afin d’éviter des accusations d’interférence électorale.
La Banque du Japon (BdJ) est également confrontée à des pressions inflationnistes et doit augmenter ses taux, au risque d’entraîner une dévaluation de sa devise.
Le cas des obligations
Aux États-Unis, les taux d’intérêt de plus longue échéance (2, 5, ou 10 ans) sont présentement à des niveaux qui n’avaient pas été atteints depuis près de 20 ans.
Avant la crise financière de 2008, les investisseurs obligataires exigeaient non seulement des taux d’intérêt plus élevés pour se protéger contre l’inflation alors anticipée, mais aussi un rendement plus élevé, qui surpasserait cette inflation. Actuellement, le taux d’intérêt sur les obligations américaines à échéance de 10 ans a atteint des niveaux observés avant la crise financière.
Les graphiques ci-dessous illustrent le fait qu’en date du 8 septembre 2026, les investisseurs qui achètent une obligation du gouvernement américain à échéance de 10 ans veulent obtenir un rendement supérieur de 2,42 % à l’inflation actuellement estimée à 2,4 % par année pour les dix prochaines années. Cette exigence d’un rendement supplémentaire est alignée avec les revendications passées des investisseurs, mais elle accroît considérablement les dépenses gouvernementales, la dette publique américaine étant aujourd’hui beaucoup plus importante qu’il y a 20 ans, même si le produit intérieur brut (PIB) a, lui aussi, augmenté.
Taux d’intérêt actuel des bons du Trésor américain – 10 ans
Taux de rendement réel des bons du Trésor des États-Unis – 10 ans

Effets directs des hausses de taux
Des taux d’intérêt plus élevés impliquent qu’il peut être plus difficile d’accéder à la propriété ou, dans le cas des entreprises, de déployer du capital. Pour l’instant, les grands groupes technologiques poursuivent leurs plans d’investissement en infrastructures et l’économie américaine continue de croître. Le marché de l’emploi américain se maintient dans un environnement où les embauches sont faibles, mais les mises à pied également.
Si on se tourne vers les consommateurs américains, on remarque qu’ils ne représentent pas un groupe homogène et qu’une partie de la population éprouve plus de difficultés à absorber les augmentations du prix de l’énergie et de l’alimentation. Près de 70 % de l’économie américaine est directement liée aux dépenses de consommation : une faiblesse importante et prolongée dans ce secteur pourrait entraîner des effets négatifs sur l’économie.
Au Canada, les derniers chiffres de PIB ont démontré une croissance durant le 2e trimestre ainsi qu’une révision à la hausse du trimestre précédent. Le Canada a donc réussi à éviter une récession technique, mais l’impact des tarifs américains pourrait avoir des retombées négatives sur l’économie. Il est à noter qu’au Canada, un prix plus élevé des matières premières est positif pour l’économie, mais également pour plusieurs secteurs de l’indice boursier S&P/TSX.
L’Europe a enregistré une meilleure croissance qu’attendue au deuxième trimestre. Celle-ci demeure cependant faible en valeur absolue et elle a subi les contrecoups négatifs d’une augmentation du coût de l’énergie.
Emplois : des baisses et des hausses
La création d’emplois au Canada a été plus faible que prévu avec des pertes de 41 700 emplois, principalement à temps plein. Précédemment, le mois de juillet avait vu la forte création de 75 100 emplois, principalement à temps plein. La croissance des salaires est aussi passée de 3 % à 2 % et est donc alignée avec la cible d’inflation de la BdC. Le récent conflit tarifaire va créer des tensions dans le marché de l’emploi canadien, mais ses répercussions restent encore à déterminer.
Chez notre voisin américain, la situation de l’emploi a été positive, avec la création de 162 000 nouveaux poste, dépassant ainsi les 55 000 attendus. Les États-Unis sont depuis plusieurs mois dans une situation de création d’emplois stable, mais faible. Sur le plan global, une inflation des salaires à 3,1 % et un marché de l’emploi stable sont des éléments qui militent en faveur d’une hausse des taux par la Fed.
Conflit États-Unis-Iran : une situation qui s’enlise
Le conflit entre les États-Unis et l’Iran continue de faire les manchettes quotidiennes, mais il semble s’enfoncer. Le prix du pétrole reste un bon indicateur, ayant oscillé entre 90 et 110 USD durant les mois de mars à août.
Comme la Chine est le plus grand partenaire commercial de l’Iran mais qu’elle veut aussi avoir de bonnes relations avec les autres pays de la région, elle continue de favoriser la poursuite d’une solution diplomatique. Durant la rencontre prévue le 24 septembre à Washington entre le président américain et son homonyme chinois, il est fort probable que la question de la réouverture complète du détroit d’Hormuz se retrouve parmi les sujets discutés.
Négociations ACEUM : l’instabilité se poursuit
La date du 1er juillet 2026 est passée et aucun partenaire n’a résilié l’entente : il est donc entendu que pour les dix prochaines années, un processus de négociation annuel sera en vigueur. Dans le cas où aucune entente n’intervient durant cette décennie, l’ACEUM deviendra caduque en 2036.
L’aspect le plus négatif de ces négociations annuelles est le fait que les entreprises des pays concernés ne peuvent anticiper la suite des évènements : il est donc à prévoir que la plupart d’entre elles retarderont ou annuleront leurs projets de développement. Ce constat s’applique aux trois partenaires.
Comportement des marchés financiers le mois dernier
SURVOL DES BOURSES MONDIALESTous les pourcentages affichés sont en devise canadienne. |
||||
|
Pays |
Indice |
Rendement* |
Évolution |
Rendement cumulatif* |
|
Canada |
S&P/TSX |
3,10 % |
|
16,01 % |
|
États-Unis |
S&P 500 |
1,1 % |
|
14,42 % |
|
|
Nasdaq |
2,76 % |
|
15,19 % |
|
Bourses internationales |
EAEO |
0,79 % |
|
15,10 % |
|
Pays émergents |
|
2,15 % |
|
25,49 % |
|
Chine |
MSCI Chine |
-1,52 % |
|
-6,59 % |
*Le rendement indiqué est le rendement total qui inclut le réinvestissement des revenus et des distributions de gains en capital.
Source : Morningstar Direct.
RENDEMENT DES OBLIGATIONS CANADIENNES |
|
| Indice | Rendement du 1er janvier au 31 août 2026 |
| Obligations universelles FTSE Canada | 0,44 % |
Source : Morningstar Direct
Les données qui influencent les marchés
CANADA |
ÉTATS-UNIS |
Indicateur de récession: |
|
Modéré |
Modéré |
Taux directeurs |
|
2,25 % |
3,50 % – 3,75 % |
|
Aucun changement lors de l’annonce de la Banque du Canada le 2 septembre 2026. La BdC continue de rester positive concernant la croissance du PIB en 2026. |
La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux directeurs le 29 juillet 2026. Une incertitude concernant l’inflation et l’emploi perdure et s’ajoute aux pressions inflationnistes provenant du conflit avec l’Iran. |
Situation de l’emploi |
|
|
Emplois crées: 41 700 Attentes : création de 10 000 |
Emplois créés: 162 000 Attentes : création de 55 000 |
|
|
|
|
Croissance des salaires : 2,0 % Attentes : 3,0 % |
Croissance des salaires : 3,1 % Attentes : 3,1 % |
|
Taux de chômage : 6,5 % Attentes : 6,6 % |
Taux de chômage : 4,1 % Attentes: 4,1 % |
Inflation |
|
|
Août: N/D – sera publié le 14 septembre Variation : N/D |
Août: 4,3 % Variation : 0,0 % |
Globalement, que nous disent les indicateurs économiques?
Taux directeurs (Canada, Europe et États-Unis) ![]()
- Réserve fédérale américaine : pression à la hausse.
- Banque du Canada : maintien des taux et vigilance concernant les conséquences du conflit en Iran. Une hausse possible d’ici la fin de l’année.
- Banque centrale européenne : hausse des taux lors de la rencontre de juin et en attente des données économiques futures. Attentes d’une à deux hausse(s) de taux pour le reste de l’année à cause du conflit en Iran et de son impact sur les prix de l’énergie.
Indice global des directeurs d’achats ![]()
- Segment manufacturier : positif, 22 des 30 pays qui le composent affichent un indice supérieur à 50 (expansion).
- Segment des services: il continue de se maintenir.
- Taux d’inflation sur une base globale : craintes de remontée de l’inflation à cause du conflit avec l’Iran et des prix de l’énergie. Biais général : maintien des taux ou des hausses de taux.

Facteurs à surveiller
- Conflit avec l’Iran: les tensions qu’il crée sur une base mondiale et surtout l’effet sur le trafic dans le détroit d’Ormuz vont avoir un impact sur les profits des entreprises. Plus le conflit s’éternise et plus ses répercussions seront importantes, mais les chaînes d’approvisionnement s’ajustent de plus en plus.
- Réduction de la règlementation dans divers secteurs d’activités aux États-Unis: elle devrait permettre de maintenir la croissance économique et de favoriser l’investissement. Elle devra être suivie par d’autres pays, comme le Canada, au risque d’une perte de compétitivité.
- Tensions commerciales: soutenues par l’utilisation de tarifs sans discrimination, elles pourraient causer un ralentissement économique et augmenter l’inflation. Cette situation s’apparente à un épisode de stagflation, le scénario économique le plus négatif. Le traité entre le Canada, le Mexique et les États-Unis (ACEUM) est maintenant à l’étape des renégociations annuelles ce qui peut maintenir une instabilité quant aux investissements des entreprises.
- Scénarios inflationnistes: s’ils ont pour conséquence de conserver les taux d’intérêt sur les échéances de cinq à dix ans à des niveaux élevés, ils sont à éviter absolument puisqu’ils ralentiraient les investissements des entreprises et le rapatriement des chaînes de production aux États-Unis.
- Incertitude géopolitique: Conflit entre les États-Unis et l’Iran, guerre Russie-Ukraine, conflits régionaux au Moyen-Orient, tensions entre les États-Unis et la Chine, annexion possible de Taiwan par le gouvernement chinois, retour de la doctrine Monroe aux États-Unis.
Vues tactiques fdp – Août 2026
- Nous avons maintenu la pondération des actions dans la stratégie de répartition tactique.
- Nous préférons les actions au crédit corporatif, dont les écarts restent historiquement serrés.
- Les économies sont toujours en croissance. Les profits des grandes entreprises sont globalement au rendez-vous, ce qui maintient les marchés boursiers en territoire positif.
- Dans la composante revenu fixe, nous avons maintenu les obligations nord-américaines et émergentes.
Nous continuons de privilégier les titres dans les pays développés et la gestion des risques.
Pour savoir comment nos fonds se sont comportés :
Gestionnaire principal, répartition d’actifs et stratégies alternatives
Source des données : Bloomberg
Les informations contenues aux présentes proviennent de sources que nous jugeons fiables; toutefois, nous n’offrons aucune garantie à l’égard de ces informations et elles pourraient s’avérer incomplètes. Les opinions exprimées sont basées sur notre analyse et interprétation de ces renseignements et ne devraient en aucun cas être considérés comme une recommandation. Pour toutes questions, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller en gestion de patrimoine ou votre spécialiste en matière fiscale, comptable ou juridique.









