Yann Furic
B.B.A., M. Sc., CFAMD
Gestionnaire principal, répartition d’actifs et stratégies alternatives
La suite d’évènements qui ont été déclenchés le 28 février en Iran a suscité une grande instabilité dans plusieurs pays du Moyen-Orient, sans compter les innombrables et regrettables drames humains qu’entraînent fatalement les situations de conflit armé.
Conflit États-Unis–Israël–Iran : réactions des marchés et des économies
Nous suivons la situation de près et voulons vous tenir informé de ses répercussions possibles.
Résumé du conflit
Le conflit actuel est lié au développement d’un programme d’armes nucléaires par l’Iran. En juin 2025, une première série d’attaques avait été lancée par Israël, puis les États-Unis, pour détruire des sites présumés d’enrichissement d’uranium iraniens.
Les frappes du 26 février, menées conjointement avec Israël, visaient la destruction des capacités balistiques et militaires iraniennes. La riposte de l’Iran a été rapide avec le bombardement d’autres pays du Golfe et elle continue de s’étendre.
Le but du régime iranien est de mettre suffisamment de pression sur le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Koweït en bombardant certains hôtels par exemple, pour faire fuir les touristes, et en détruisant des infrastructures pétrolières pour réduire les revenus. Cette tactique avait fonctionné l’an dernier lors des 12 jours de guerre impliquant des frappes américaines et israéliennes et l’Iran : des missiles avaient alors survolé le Qatar, qui avait ensuite réussi à négocier une désescalade du conflit.
Détroit d’Ormuz, une voie d’accès primordiale
Situé entre l’Iran et les États arabes unis et Oman, le détroit d’Ormuz est la voie de passage privilégiée pour le transport de plus de 20 % du pétrole et du gaz liquéfié produits mondialement : environ 80 navires pétroliers ou gaziers y transitent chaque jour. L’Iran a proclamé qu’il était maintenant fermé et extrêmement dangereux pour les navires pétroliers.
L’étroitesse du détroit le rendant vulnérable aux attaques iraniennes, les courtiers d’assurance maritime ont annoncé qu’ils limitaient ou résiliaient la couverture des marchandises pour les bateaux transportant des hydrocarbures dans cette région, ce qui empêche de facto le transit par cette voie. Il existe également un pipeline permettant d’acheminer le pétrole vers la mer Rouge, mais sa capacité réduite n’offre pas de solution de remplacement pour le détroit d’Ormuz.
Des solutions temporaires peut-être…
Les États-Unis ont avancé l’idée d’escorter les navires pétroliers dans le détroit avec des navires américains et aussi d’utiliser une agence gouvernementale américaine pour assurer le « risque géopolitique » encouru par ces navires pétroliers.
De son côté, la Chine pourrait chercher une résolution rapide du conflit puisqu’elle importe 80 % du pétrole iranien, ce qui représente de 13 à 14 % de ses importations maritimes. Elle a annoncé qu’elle enverrait un envoyé spécial pour tenter une médiation du conflit.
Conséquences sur les prix du pétrole
L’impact principal du conflit actuel se reflètera dans le prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié. La durée des hostilités, et principalement du blocage du détroit d’Ormuz, aura aussi des retombées sur la croissance mondiale.
Une forte hausse du prix de l’énergie entraînerait une reprise de l’inflation partout sur la planète, ce qui serait négatif pour toutes les économies et particulièrement celles des pays émergents. Cette hausse des coûts dans le cadre d’une augmentation des risques géopolitiques aurait pour conséquence un renforcement du dollar américain, ce qui est également négatif pour ces pays. Une guerre prolongée pourrait donc nuire à la reprise que connaît depuis quelque temps cette catégorie d’actifs.
Il en irait de même pour l’Europe et le Japon, qui importent eux aussi des hydrocarbures. Pour ce qui est des compagnies pétrolières canadiennes, elles profiteraient d’une hausse des prix, mais l’économie du pays pourrait ralentir à cause de l’augmentation des coûts à la pompe pour les consommateurs.
Dans le contexte actuel, le Canada devient un pays plus fiable comme source de pétrole et de gaz pour l’Europe et l’Asie. Cette situation pourrait mener à des discussions sérieuses sur le développement des ressources du sol canadien et sur celle des infrastructures de transport.
Réaction des banques centrales
Le rôle premier des banques centrales à travers le monde est d’utiliser leur politique monétaire pour assurer la stabilité des prix à travers l’établissement d’un taux directeur. Dans un contexte normal, une augmentation annuelle des prix de 2 % est visée. Dans le cas de la Réserve fédérale américaine (Fed), le plein emploi fait aussi partie de son mandat.
Une augmentation du prix de l’énergie se reflétera dans le taux d’inflation, ce qui pourrait mener à des hausses de taux si la situation persiste. Le scénario le plus probable serait un report de ces hausses et le maintien d’une inflation temporaire plus élevée pour ne pas nuire à l’économie.
Réaction des marchés
Pour les marchés financiers, historiquement, un conflit provoque une baisse immédiate des indices boursiers, mais sur une période de quelques mois, ceux-ci se replacent et sont à nouveau à la hausse. Le dernier exemple en date est celui de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a aussi eu un effet sur le prix de l’énergie, principalement en Europe.
Notre positionnement tactique
Lors de notre dernière rencontre à la mi-février, nous avons réduit la pondération des actions et augmenté celle des obligations canadiennes. Cette décision a été prise avant le début des hostilités parce que l’ensemble des indicateurs analysés favorisait une réduction de cette catégorie d’actifs. Nous continuons de suivre la situation qui évolue rapidement, tout en évitant de surréagir au flux continu d’informations.
Garder le cap
La conjoncture actuelle nous rappelle l’importance d’une bonne diversification du portefeuille de placements. La rapidité des évènements et leur imprévisibilité démontrent aussi la nécessité de rester vigilant, que ce soit durant des périodes géopolitiques de calme et de confiance, ou lors d’épisodes d’instabilité comme ceux que nous vivons actuellement. La situation qui se déploie devant nous va continuer d’évoluer, et il pourrait s’écouler un certain temps avant que le conflit ne se résorbe ou qu’il ne soit résolu.
Gardez en tête que des décisions précipitées pourraient influencer la valeur de votre portefeuille de placements à long terme. Sachez également que les marchés financiers peuvent subir de nombreux rebondissements, qui vont parfois à contre-courant des attentes générales. Vos gestionnaires de placement jouent alors un rôle clé pour interpréter ces mouvements, tout en respectant la stratégie établie à plus long terme.
Comportement des marchés financiers le mois dernier
SURVOL DES BOURSES MONDIALESTous les pourcentages affichés sont en devise canadienne. |
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Pays |
Indice |
Rendement* |
Évolution |
Rendement cumulatif* |
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Canada |
S&P/TSX |
7,72 % |
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8,63 % |
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États-Unis |
S&P 500 |
-0,05 % |
|
0,17 % |
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Nasdaq |
-2,64 % |
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-2,89 % |
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Bourses internationales |
EAEO |
5,38 % |
|
9,53 % |
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Pays émergents |
|
6,25 % |
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14,26 % |
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Chine |
MSCI Chine |
-5,09 % |
|
-1,84 % |
*Le rendement indiqué est le rendement total qui inclut le réinvestissement des revenus et des distributions de gains en capital.
Source : Morningstar Direct.
RENDEMENT DES OBLIGATIONS CANADIENNES |
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| Indice | Rendement du 1er janvier au 28 février 2026 |
| Obligations universelles FTSE Canada | 2,25 % |
Source : Morningstar Direct
Les données qui influencent les marchés

CANADA |
ÉTATS-UNIS |
Indicateur de récession: |
|
Modéré |
Modéré |
Taux directeurs |
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2,25 % |
3,50 % – 3,75 % |
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Aucun changement lors de l’annonce du 28 janvier 2026. Aucune coupure n’est également prévue pour 2026. Selon la BdC, la croissance du PIB devrait rester positive en 2026. |
La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux directeurs le 28 janvier 2026. L’incertitude concernant l’inflation et l’emploi perdure. Possibilité de deux à trois coupures de taux en 2026, mais rien n’est assuré. |
Situation de l’emploi |
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Emplois perdus : ND Attentes : gain de 10 000 |
Emplois créés : 92 000 Attentes : création de 55 000 |
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Croissance des salaires : ND Attentes : ND |
Croissance des salaires : 3,8 % Attentes : 3,7 % |
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Taux de chômage : ND Hausse : 6,6 % |
Taux de chômage : 4,4 % Baisse : 0,1 % |
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La majorité des emplois perdus sont à temps partiel.
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Inflation |
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Janvier : 2,3 % Variation : -0,1 % |
Janvier : 2,4 % Variation : -0,3 % |
Globalement, que nous disent les indicateurs économiques?
Taux directeurs (Canada, Europe et États-Unis) ![]()
- La Réserve fédérale a maintenu ses taux en janvier et aucune rencontre n’était prévue en février. Un nouveau président a été nommé et entrera en fonction dans les prochains mois. Le marché prévoit une à deux autres coupures en 2026. Au Canada, on n’escompte aucune baisse au cours de la prochaine année.
- L’Europe est en pause et va réagir aux données économiques futures : l’inflation y est plus faible et l’impact réel des tarifs est encore à venir.
- La décision de la Cour suprême américaine sur les tarifs pourrait avoir un impact sur l’inflation, la croissance économique et les politiques monétaires à travers la planète. La question du remboursement des tarifs est le prochain élément qui sera débattu devant les tribunaux.
Indice global des directeurs d’achats ![]()
- Segment manufacturier : positif, plus de la moitié des trente pays qui le composent affichent un indice supérieur à 50 (expansion).
- Segment des services: il continue de se maintenir et reste vigoureux.
Taux d’inflation ![]()
- Sur une base globale: stable, mais des craintes de reprise font leur apparition. Le conflit avec l’Iran et les impacts sur les prix de l’énergie vont créer de l’inflation.

Facteurs à surveiller
- Réduction de la règlementation dans divers secteurs d’activités aux États-Unis : elle devrait permettre de maintenir la croissance économique et de favoriser l’investissement. Elle devra être suivie par d’autres pays, comme le Canada, au risque d’une perte de compétitivité.
- Introduction de politiques populistes aux États-Unis : elles pourraient nuire aux efforts de dérèglementation. Le fait de limiter les taux d’intérêt sur les cartes de crédit, d’empêcher les investisseurs institutionnels de détenir des habitations et de permettre l’achat de produits hypothécaires par des entités gouvernementales pourrait créer des distorsions et réduire la croissance économique.
- Tensions commerciales : soutenue par l’utilisation de tarifs sans discrimination, elles pourraient causer un ralentissement économique et augmenter l’inflation. Cette situation s’apparente à un épisode de stagflation, le scénario économique le plus négatif. Le traité entre le Canada, le Mexique et les États-Unis devra être renégocié en 2026.
- Scénarios inflationnistes : s’ils ont pour conséquence de conserver les taux d’intérêt sur les échéances de cinq à dix ans à des niveaux élevés, ils sont à éviter absolument puisqu’ils ralentiraient les investissements des entreprises et le rapatriement des chaînes de production aux États-Unis.
- Incertitude géopolitique : conflit entre les États-Unis et l’Iran, la guerre Russie-Ukraine, conflits régionaux au Moyen-Orient, tensions entre les États-Unis et la Chine, annexion possible de Taiwan par le gouvernement chinois. Retour de la doctrine Monroe aux États-Unis.
Vues tactiques fdp – Février 2026
- Nous avons réduit la pondération des actions dans la stratégie de répartition tactique.
- Les économies sont toujours en croissance. Les profits des grandes entreprises sont globalement au rendez-vous, ce qui maintient les marchés boursiers en territoire positif.
- Aux États-Unis, nous avons conservé notre pondération en actions.
- Nous avons conservé notre positionnement en Europe et sommes redevenu neutre dans celui au Japon.
- Nous avons conservé la pondération des pays émergents et maintenu un poids plus élevé dans les petites capitalisations américaines de qualité. La baisse des taux aux États-Unis, de nouvelles mesures de détente quantitative et une économie qui se maintient militent en faveur d’une position dans les petites capitalisations.
- Dans la composante revenu fixe, nous avons déployé les sommes provenant de la réduction des actions dans le marché obligataire canadien. Nous avons maintenu la pondération des obligations à haut rendement et celle des obligations étrangères. Nous détenons différents types de crédit à travers des obligations américaines ainsi que d’autres émises par les gouvernements des pays émergents.
Nous continuons de privilégier les titres dans les pays développés et la gestion des risques.
Pour savoir comment nos fonds se sont comportés :
Gestionnaire principal, répartition d’actifs et stratégies alternatives
Source des données : Bloomberg
Les informations contenues aux présentes proviennent de sources que nous jugeons fiables; toutefois, nous n’offrons aucune garantie à l’égard de ces informations et elles pourraient s’avérer incomplètes. Les opinions exprimées sont basées sur notre analyse et interprétation de ces renseignements et ne devraient en aucun cas être considérés comme une recommandation. Pour toutes questions, n’hésitez pas à communiquer avec votre conseiller en gestion de patrimoine ou votre spécialiste en matière fiscale, comptable ou juridique.







