Yann Furic
B.B.A., M. Sc., CFAMD
Gestionnaire principal, répartition d’actifs et stratégies alternatives
Les dernières années ont vu une succession de crises majeures et de bouleversements structurels profonds qui ont provoqué d’importants mouvements de volatilité dans les marchés mondiaux.
Pandémie à l’échelle de la planète, guerre d’Ukraine, accroissement du protectionnisme : ces événements ont contribué à redessiner le paysage économique et géopolitique, en plus de modifier les échanges internationaux. Le conflit actuel en Iran démontre amplement la nécessité à laquelle sont astreintes les différentes économies de s’adapter à de nouveaux défis complexes.
Les négociations pour un arrêt des hostilités sont cruciales pour réduire l’insécurité actuelle, les États-Unis n’ayant aucun intérêt à s’enliser dans une guerre interminable. La situation est aussi critique pour la Chine, qui cherche à stabiliser ses approvisionnements de pétrole, et pour les pays du Golfe, qui ne veulent pas ternir leur réputation en tant que destination touristique de choix, un statut qui procure à leurs économies respectives une intéressante diversification.
Il faut garder en tête que l’histoire témoigne régulièrement de la résilience des économies et des marchés face à l’adversité. Soyez assurés que nous demeurons vigilants dans nos analyses afin d’évaluer correctement l’impact et les retombées de la situation actuelle, tout en conservant une approche de gestion disciplinée.
Évolution et conséquences du conflit
La guerre en est maintenant dans sa sixième semaine et les derniers pétroliers qui ont quitté le détroit d’Ormuz avant le début des hostilités sont arrivés à leur destination. En parallèle, l’effet des pénuries de pétrole commence aussi à être ressenti dans différents pays.
Le 8 avril, l’annonce d’un accord de cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, associé à la réouverture du détroit d’Ormuz pour le transit des navires pétroliers, devrait accorder un certain répit et permettre une amélioration, même temporaire, de la situation. Une proposition en dix points est sur la table pour négociation : les prochains jours détermineront l’évolution ou la résolution du conflit.
Une escalade des hostilités pourrait entraîner une destruction importante d’infrastructures pétrolières et gazières au Moyen-Orient. Déjà, le Qatar a annoncé qu’il faudra prévoir de trois à cinq ans de travaux pour que près de 17 % de sa production de gaz liquéfié revienne à son niveau d’avant-guerre. À cela s’ajoute la remise en état des usines de production d’aluminium qui ont également été touchées par les frappes iraniennes.
La fermeture du détroit d’Ormuz, en plus de ses conséquences négatives sur le prix du pétrole et du gaz, a aussi eu des effets sur la production d’engrais et même d’hélium, qui est requis notamment pour la fabrication des microprocesseurs et qui est donc nécessaire au déploiement de l’intelligence artificielle. Parmi ses nombreux autres usages, l’hélium est utilisé pour le refroidissement des appareils de résonnance magnétique.
Depuis quelques jours et suivant les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), certains pays ont commencé à demander à leur population de réduire leur consommation d’essence et d’utiliser l’électricité davantage. Des écoles sont fermées et le travail à distance est à nouveau recommandé pour certaines catégories de travailleurs.
Pipeline à la rescousse
Sur une note plus positive, l’Arabie saoudite a fortement augmenté la quantité de pétrole transportée par son pipeline est-ouest qui débouche sur la mer Rouge. Selon les données disponibles, ce sont maintenant sept millions de barils par jour qui y transitent, comparativement à une moyenne d’un million de barils avant le conflit. Considérant le fait que vingt millions de barils de pétrole étaient auparavant transportés à bord de navires dans le détroit d’Ormuz, cet ajout devrait permettre de limiter la flambée du prix de l’or noir.
Évidemment, l’utilisation accrue du pipeline par l’Arabie saoudite n’est pas sans risque puisque l’Iran a déjà attaqué des installations saoudiennes et que les Houthis, une milice alliée à l’Iran, menacent les navires de passage dans la mer Rouge.
L’effet domino des pénuries
La réouverture du détroit d’Ormuz est une priorité pour le commerce mondial. Plus le blocage dure, plus les craintes d’une inflation soutenue se font sentir. À titre d’exemple, des prix plus élevés pour les engrais et le diesel auront un impact certain sur les coûts de l’alimentation, ce qui entraînera à son tour des demandes d’augmentation de salaires de la part des travailleurs pour combler les hausses.
C’est ainsi qu’un contexte d’inflation élevée et soutenue ayant pour conséquence un fort ralentissement économique pourrait favoriser l’apparition du phénomène de la stagflation, qui se définit par une augmentation des prix sans croissance économique correspondante et avec des pertes d’emplois plus ou moins importantes.
Impact direct de la guerre d’Iran
Sur l’économie américaine
Depuis son élection, l’administration républicaine cherche à faire baisser l’inflation pour qu’à son tour, la Réserve fédérale américaine (Fed) annonce une baisse de ses taux directeurs. Elle veut faire chuter la valeur de la devise américaine afin de favoriser les exportations et ramener le secteur manufacturier aux États-Unis. En augmentant sa production pétrolière, elle vise aussi une baisse du prix de l’essence à la pompe.
Le conflit en Iran introduit des éléments d’instabilité qui vont complètement à l’encontre de l’ensemble de ces tendances et qui pourraient nuire sérieusement au parti républicain lors des élections de mi-mandat en novembre prochain. Cette pression et l’insatisfaction des électeurs poussent l’administration à chercher une issue à cette guerre plus tôt que tard.
Le cas de la Chine
La Chine entretient des liens étroits avec les pays du Golfe et avec l’Iran, en plus d’être un grand importateur de pétrole de cette région. Elle veut donc une fin rapide à la guerre et elle a offert son aide au Pakistan qui, lui, semble en bonne posture pour jouer le rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, et qui a d’ailleurs contribué à l’accord de cessez-le-feu. Une augmentation des coûts du pétrole, du gaz et de ses dérivés est négative pour la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est, qui sont de grands exportateurs et pour qui la situation actuelle annonce une importante augmentation de leurs coûts de production.
Ailleurs dans le monde
L’Europe vit son second choc énergétique en quelques années, mais il semblerait que l’augmentation récente de la production provenant de sources d’énergie renouvelables minimise cet impact. Nonobstant, les hydrocarbures et les molécules extraites du gaz naturel entrent dans la fabrication d’une gamme étendue de produits, tels les gants chirurgicaux en nitrile produits en Thaïlande (45 % de la production mondiale), dont les producteurs demandent maintenant l’aide du gouvernement, ou encore plusieurs équipements médicaux dont les composantes sont fabriquées avec du plastique.
Au-delà du conflit actuel…
Secteurs en croissance
Dépenses militaires – Du point de vue des investissements, les dépenses militaires globales vont se poursuivre puisque les États-Unis veulent forcer les membres de l’OTAN à les augmenter selon les quotas spécifiés. Les évènements des quinze derniers mois poussent aussi la plupart des pays à vouloir prendre en main eux-mêmes la défense de leur territoire.
Dépenses énergétiques – Ces déboursés vont également augmenter puisque la production de toute forme d’énergie, qu’elle soit renouvelable ou non (incluant le nucléaire), sera considérée comme essentielle à la sécurité nationale.
Dépenses gouvernementales – La préservation de cette sécurité nationale entraînera nécessairement une demande supplémentaire pour les métaux et l’énergie, et impliquera certainement des dépenses gouvernementales plus considérables. Dans ce contexte, les pays qui ont la capacité d’augmenter sensiblement leur productivité s’en sortiront gagnants.
Situation des marchés boursiers
À la suite de l’annonce de l’accord de cessez-le-feu, les marchés boursiers étaient en hausse, escomptant une résolution rapide du conflit, ce qui impliquerait un impact inflationniste passager et une hausse des coûts qui pourra être absorbée par les industries et les consommateurs.
Dans le cas d’un conflit qui s’enlise, les profits des entreprises seront revus à la baisse et les taux d’intérêt seront plus élevés, ce qui fera fléchir les multiples que les investisseurs sont prêts à payer et entraînera probablement un recul supplémentaire des marchés.
Banques centrales et taux directeurs
Sur le plan des banques centrales, un choc provoqué par les prix du pétrole est un scénario difficile à gérer. Sa conséquence immédiate est un ralentissement de la croissance économique, le prix de l’essence constituant une taxe directe au consommateur qui a donc moins d’argent à dépenser ailleurs. Il faut cependant considérer que c’est aussi une taxe qui augmente les prix des autres biens, notamment leurs coûts de production et de transport.
Dans un tel contexte, la stabilité des prix est difficile à maintenir. Augmenter les taux directeurs aurait alors pour effet de réduire encore davantage la croissance de l’économie. Les banques centrales resteront donc en attente le plus longtemps possible, dans l’espoir d’une résolution rapide du conflit…
Pour conclure
Malgré l’incertitude ambiante, il est essentiel de vous rappeler, en tant qu’investisseur, l’importance de ne pas dévier de votre stratégie de placement. Les réactions hâtives sont toujours à déconseiller et la situation actuelle connaît une évolution rapide. Si vous avez des préoccupations, discutez-en d’abord avec votre conseillère ou conseiller : un tel échange vous permettra de prendre des décisions réfléchies et de mettre les évènements en perspective.
Comportement des marchés financiers le mois dernier
SURVOL DES BOURSES MONDIALESTous les pourcentages affichés sont en devise canadienne. |
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Pays |
Indice |
Rendement* |
Évolution |
Rendement cumulatif* |
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Canada |
S&P/TSX |
-4,32 % |
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3,84 % |
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États-Unis |
S&P 500 |
-2,77 % |
|
-2,60 % |
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|
Nasdaq |
-2,46 % |
|
-5,28 % |
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Bourses internationales |
EAEO |
-8,20 % |
|
0,55 % |
|
Pays émergents |
|
-11,04 % |
|
1,64 % |
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Chine |
MSCI Chine |
-5,55 % |
|
-7,29 % |
*Le rendement indiqué est le rendement total qui inclut le réinvestissement des revenus et des distributions de gains en capital.
Source : Morningstar Direct.
RENDEMENT DES OBLIGATIONS CANADIENNES |
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| Indice | Rendement du 1er janvier au 31 mars 2026 |
| Obligations universelles FTSE Canada | -1,97 % |
Source : Morningstar Direct
Les données qui influencent les marchés
CANADA |
ÉTATS-UNIS |
Indicateur de récession: |
|
Modéré |
Modéré |
Taux directeurs |
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2,25 % |
3,50 % – 3,75 % |
|
Aucun changement lors de l’annonce du 18 mars 2026. Aucune coupure n’est également prévue pour 2026. Selon la BdC, la croissance du PIB devrait rester positive en 2026. |
La Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux directeurs le 18 mars 2026. L’incertitude concernant l’inflation et l’emploi perdure en plus des pressions inflationnistes provenant de conflit avec l’Iran. Le marché n’anticipe plus de baisse de taux en 2026, mais rien n’est assuré. |
Situation de l’emploi |
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Emplois perdus : ND Attentes : ND |
Emplois perdus : 178 000 Attentes : création de 65 000 |
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Croissance des salaires : ND Attentes : ND |
Croissance des salaires : 3,5 % Attentes : 3,7 % |
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Taux de chômage : ND Hausse : ND |
Taux de chômage : 4,3 % Baisse : 0,1 % |
Inflation |
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Février : 1,8 % Variation : -0,5 % |
Février : 2,4 % Variation : 0,3 % |
Globalement, que nous disent les indicateurs économiques?
Taux directeurs (Canada, Europe et États-Unis) ![]()
- La Réserve fédérale a maintenu ses taux en mars et aucune coupure n’est maintenant prévue en 2026. Un nouveau président a été nommé et devrait entrer en fonction dans les prochains mois. Au Canada, la banque centrale a maintenu ses taux en mars et l’on n’escompte aucune baisse au cours de la prochaine année.
- L’Europe est en pause et va réagir aux données économiques futures : l’inflation y est plus faible et l’impact réel des tarifs ainsi que de la hausse des coûts de l’énergie est encore à venir.
- La décision de la Cour suprême américaine concernant les tarifs pourrait avoir un impact sur l’inflation, la croissance économique et les politiques monétaires à travers la planète. La question du remboursement des tarifs est le prochain élément qui sera débattu devant les tribunaux.
Indice global des directeurs d’achats ![]()
- Segment manufacturier : positif puisque 23 des 30 pays qui le composent affichent un indice supérieur à 50 (expansion).
- Segment des services: il continue de se maintenir et reste vigoureux.
Taux d’inflation ![]()
- Sur une base globale: stable pour le moment, mais des craintes de reprise font leur apparition. Le conflit avec l’Iran et son impact sur les prix de l’énergie vont créer de l’inflation.

Facteurs à surveiller
- Réduction de la règlementation dans divers secteurs d’activités aux États-Unis: elle devrait permettre de maintenir la croissance économique et de favoriser l’investissement. Elle devra être suivie par d’autres pays, comme le Canada, au risque d’une perte de compétitivité.
- Introduction de politiques populistes aux États-Unis : elles pourraient nuire aux efforts de dérèglementation. Le fait de limiter les taux d’intérêt sur les cartes de crédit, d’empêcher les investisseurs institutionnels de détenir des habitations et de permettre l’achat de produits hypothécaires par des entités gouvernementales pourrait créer des distorsions et réduire la croissance économique.
- Tensions commerciales: soutenue par l’utilisation de tarifs sans discrimination, elles pourraient causer un ralentissement économique et augmenter l’inflation. Cette situation s’apparente à un épisode de stagflation, le scénario économique le plus négatif. Le traité entre le Canada, le Mexique et les États-Unis (ACEUM) devra être renégocié en 2026.
- Scénarios inflationnistes: s’ils ont pour conséquence de conserver les taux d’intérêt sur les échéances de cinq à dix ans à des niveaux élevés, ils sont à éviter absolument puisqu’ils ralentiraient les investissements des entreprises et le rapatriement des chaînes de production aux États-Unis.
- Incertitude géopolitique: Conflit entre les États-Unis et l’Iran, la guerre Russie-Ukraine, conflits régionaux au Moyen-Orient, tensions entre les États-Unis et la Chine, annexion possible de Taiwan par le gouvernement chinois et retour de la doctrine Monroe aux États-Unis.
Vues tactiques fdp – Mars 2026
- Nous avons maintenu la pondération des actions dans la stratégie de répartition tactique.
- Les économies sont toujours en croissance. Les profits des grandes entreprises sont globalement au rendez-vous, ce qui maintient les marchés boursiers en territoire positif.
- Aux États-Unis, nous avons conservé notre pondération en actions.
- Nous avons conservé notre positionnement en Europe et sommes redevenus neutres concernant le Japon.
- Nous avons maintenu la pondération des pays émergents et sommes redevenus neutres sur le plan des petites capitalisations américaines de qualité. La possibilité de taux d’intérêt plus élevés pour de plus longues durées ainsi qu’un renforcement de la valeur du dollar américain, deux situations directement reliées au conflit avec l’Iran, sont des vents de dos pour ces deux catégories.
- Dans la composante revenu fixe, nous avons réduit nos investissements en obligations américaines et indicielles canadiennes, pour lesquelles le rendement attendu et les écarts de crédits étaient trop faibles, pour investir plutôt dans des obligations canadiennes à très court terme. Nous avons faiblement réduit la pondération des obligations à haut rendement et celle des obligations étrangères.
Nous continuons de privilégier les titres dans les pays développés et la gestion des risques.
Pour savoir comment nos fonds se sont comportés :
Gestionnaire principal, répartition d’actifs et stratégies alternatives
Source des données : Bloomberg
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